Forte montée de l’absentéisme de longue durée depuis 2008

 

Alors que l’absentéisme de courte durée reste au même niveau (2,44%) depuis quelques années, SD Worx constate une montée inquiétante de l’absentéisme de longue durée. Depuis 2008, les maladies de plus d’un mois ont augmenté de 47%, c’est-à-dire que le taux est passé de 1,56% à 2,29%. Cette montée est générale et est visible tant à Bruxelles qu’en Wallonie et en Flandre, tant chez les ouvriers que les employés et dans quasi tous les secteurs. La montée est cependant la plus forte en Wallonie (+ 51%), chez les ouvriers (+ 49%) et chez les travailleurs à partir de cinquante ans.

Les raisons sont diverses: à côté du vieillissement de la population active, les raisons possibles sont les conditions de travail, les problématiques de motivation, le stress et le burn-out et les affections physiques. Le coût pour la société est relativement élevé, car la maladie de plus d’un mois est en grande partie à charge de la sécurité sociale. Les limites du modèle de la carrière citron semblent atteintes. ‘A côté de la démographie et de la pénurie sur le marché du travail, ce développement nous oblige à construire un nouveau modèle de carrière flexible’, nous dit François Lombard, spécialiste absentéisme et engagement chez SD Worx.

Comme chaque année, SD Worx a analysé l’absentéisme en Belgique. L’échantillon pour 2011 se compose de 460.057 collaborateurs travaillant dans 15.242 organisations du secteur privé.

Avec un pourcentage de 2,44%, l’absentéisme de courte durée se situe au niveau des années antérieures. Bien que l’on ne constate pas de hausse en 2011, le coût pour l’employeur reste important. En 2011, un travailleur (ETP, équivalent temps plein) en Belgique était en moyenne malade durant 48 heures, il a donc coûté en moyenne 852 EUR à son employeur. Ce montant comprend uniquement le coût salarial des heures non prestées et pas les coûts indirects importants tels que la perte de productivité et de qualité, le remplacement du travailleur malade, la charge accrue de travail et la perte de motivation parmi les collègues continuant à travailler. Les résultats montrent que les femmes (56 heures) étaient en moyenne plus malades que les hommes (44 heures), et les ouvriers (62 heures) plus que les employés (41 heures).

L’absentéisme de courte durée est l’absence pour maladie sur une durée maximale d’un mois. C’est la forme d’absentéisme la plus dérangeante pour les employeurs. La rémunération des ouvriers et des employés est en effet garantie pendant 30 jours calendrier et représente donc le coût le plus important de l’absentéisme.

Le taux élevé de l’absentéisme de courte durée peut s’expliquer par l’absentéisme gris, le manque de motivation et d’implication, mais aussi par l’impact toujours existant de la crise sur la motivation et l’implication du travailleur en Belgique.

Hausse de 47% de l’absentéisme de longue durée depuis 2008
Ce qui est encore plus remarquable, c’est la montée particulièrement forte de l’absentéisme de longue durée. Il s’agit de la période de maladie supérieure à un mois, dont le coût est presque exclusivement à charge de la sécurité sociale. Cette forme d’absentéisme a oscillé entre 1,49% et 1,6% durant la période 2002-2008. Depuis 2008, on assiste à une plus forte hausse de 1,56% à 2,29%, c’est-à-dire à une augmentation spectaculaire de 47%. On remarque aussi que l’écart entre l’absentéisme de courte durée et celui de longue durée s’est réduit. Depuis 2010, on a même plus d’absentéisme de longue durée que de courte durée chez les ouvriers.

Cette tendance à la hausse est générale.
• Belgique: de 1,58% à 2,29% ( +0,71%)
• Flandre: de 1,6% à 2,3% (+0,7%)
• Bruxelles-Capitale: de 1,25% à 1,91% (+0,66%)
• Wallonie: de 1,94% à 2,93% (+0,99%)
• Ouvriers: de 2,47% à 3,69% (+1,22%)
• Employés: de 1,08% à 1,55% (+0,47%)
• Secteur secondaire: de 1,75% à 2,52% (+0,77%)
• Secteur tertiaire: de 1,3% à 2,03% (+0,73)
• Secteur quaternaire: de 2,03% à 2,69% (+0,63)

Les secteurs où l’absentéisme de longue durée est le plus élevé sont l’industrie du tabac, l’entretien des sites, les services sociaux, l’industrie du papier, le transport routier et le transport par pipelines, les services de protection et de recherche, le secteur de la construction et l’industrie alimentaire.

Les plus de 50 ans sont plus souvent malades pour une longue durée
On constate aussi que l’absentéisme de longue durée augmente avec l’âge. Les travailleurs plus âgés sont plus souvent malades pour une longue durée que leurs collègues plus jeunes. Ceci vaut pour les plus de 50 ans, mais également pour les autres catégories d’âge. Ceux dans la quarantaine sont ainsi souvent malades plus longtemps que ceux qui sont dans la trentaine. Et il en va de même pour ces derniers par rapport à ceux qui ont 20 ans et plus. La hausse depuis 2008 est cependant la plus forte parmi les plus de 50 ans.

2008 2011
<25 ans: 0,93% à 0,66% (-0,27%)
25-29 ans: 0,93 à 1,24% (+0,31%)
30-34 ans: 1,11% à 1,49% (+0,38%)
35-39 ans: 1,30% à 1,78% (+0,48%)
40-44 ans: 1,56% à 2,17% (+0,61%)
45-49 ans: 1,88% à 2,49% (+0,61%)
50-54 ans: 2,51% à 3,41% (+0,9%)
55-59 ans: 2,57% à 4,13% (+1,56%)
>=60 ans: 2,31% à 4,13% (+1,99%)

Alors que les raisons pour l’absentéisme de courte durée sont connues, une autre problématique joue cependant pour la maladie de longue durée. Il faut s’attarder ici à une combinaison variable de facteurs. La population des travailleurs est en train de vieillir ces dernières années, mais les conditions de travail et la charge physique plus lourde jouent ici également un rôle important.

Une problématique d’engagement peut également jouer ici (stress, burn-out, démotivation, absence de reconnaissance). Dans la SA Belgique 2010 de SD Worx, une enquête auprès de 5000 travailleurs, il apparaît que les absents de longue durée ne présentent pas de bons chiffres pour les questions relatives au stress, à la pression du temps et à la charge mentale et corporelle de leur emploi, bien que la quantité de travail soit d’un niveau acceptable. Le facteur, dont les travailleurs malades de longue durée souffrent le plus et qui les différencie des non-absents, c’est le manque de reconnaissance.

Les malades de longue durée ont aussi le plus souvent peu de confiance dans le management et leurs supérieurs. Ils disent souvent ne pas être d’accord avec la vision et la stratégie de l’organisation, ce qui fait qu’on assiste à un décalage avec celle-ci. Les personnes ne se sentent pas à leur place dans l’entreprise dans laquelle elles travaillent.

Les limites de la carrière citron
Enfin, la forte hausse de l’absentéisme de longue durée peut s’expliquer par un réel effet de la ‘carrière citron’. Les organisations belges et la société belge se heurtent maintenant à la dure réalité. Une carrière durant laquelle les personnes sont fortement sollicitées pendant trente ans semble être la conséquence d’une forte percée de la maladie de longue durée. Le coût pour la société est important car la maladie de plus d’un mois est presque exclusivement à charge de la sécurité sociale.

Les limites du modèle de la ‘carrière citron’ ont été atteintes. ‘A côté de la démographie et de la pénurie sur le marché du travail, ce développement nous oblige à construire un nouveau modèle de carrière flexible’, nous dit François Lombard, spécialiste absentéisme et engagement chez SD Worx. ‘La solution pour le vieillissement et la pénurie sur le marché du travail ne se situe donc pas uniquement dans l’allongement des carrières. Nous devons réinventer la carrière et s’y prendre autrement avec les collaborateurs,’ toujours selon François Lombard. ‘Cela veut dire: d’autres conditions de travail (ergonomie), investir dans la progression, le développement et le coaching. La rémotion, le travail en projets et la négociation du job peuvent offrir des solutions. Nous devons oser se détacher des personnes pour leur donner la possibilité d’à nouveau étudier. Nous devons les autoriser à prendre moins de responsabilités, à prester moins d’heures, à télétravailler et même à devenir indépendant pour venir à nouveau travailler pour l’organisation. Nous devons mettre en place une politique RH durable, proactive et axée sur chaque collaborateur individuel’.

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L’absentéisme des plus jeunes travailleurs est le plus dérangeant

 

Pour la première fois depuis 2004, on a connu en 2010 une baisse de l’absentéisme de courte durée (maladie de moins d’un mois). La tendance à la hausse semble donc rompue. Mais l’absentéisme reste tout de même élevé. Bien que la limite des 3% n’ait jamais été dépassée durant les douze mois de 2010, SD Worx a cependant constaté un taux record pour les mois de septembre et de décembre, dû en partie aux refroidissements saisonniers de septembre et à l’hiver rigoureux de décembre.

Le coût moyen de l’absentéisme de courte durée pour une organisation de 100 collaborateurs est désormais de 81.578 euros par an ou de 17 euros par heure de maladie, alors qu’il s’élevait encore à 78.426 euros en 2008. L’absentéisme des travailleurs entre 55 et 59 ans (936 euros/an) et des plus de 60 ans (910 euros/an) est le plus cher. L’absentéisme des travailleurs de moins de 25 ans est le moins cher (623 euros/an). L’absentéisme des travailleurs de moins de 30 ans est cependant le plus dérangeant, ils sont plus souvent malades pour une courte période que leurs homologues de plus de 30 ans.

1. La tendance à la hausse est rompue

SD Worx analyse chaque année l’absentéisme en Belgique. L’échantillon pour 2010 comprend 500.000 collaborateurs de 15.000 organisations différentes. Pour la première fois depuis 2004, on constate une légère baisse de l’absentéisme de courte durée. L’absentéisme reste cependant élevé de manière générale. En 2010, un travailleur belge (équivalent temps plein) a été malade 48 heures en moyenne. Les travailleuses (56 heures) ont été en moyenne plus souvent malades que leurs homologues masculins (42,6 heures). Et les ouvriers (61 heures) plus que les employés (40,6 heures). Les travailleurs en équipes ont les taux d’absentéisme les plus élevés: 63 heures en moyenne.

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L’absentéisme chez les fonctionnaires wallons: la problématique est la même que pour les travailleurs du secteur privé

 

La presse s’est fait récemment l’écho des chiffres d’absentéisme dans le secteur public wallon qui semblent plus élevés que dans le secteur privé. Je ne souhaite pas ici juger de la pertinence de ces chiffres, ni mettre en cause la méthodologie utilisée. Tel n’est pas ici mon propos.

Je souhaiterais par contre mettre l’accent sur les raisons qui me semblent être à la base de l’absentéisme sur le lieu du travail, que le travailleur provienne du secteur public ou privé. Car on peut dire que toutes les organisations sont confrontées un jour ou l’autre et à des degrés divers aux absences répétées de leurs collaborateurs pour cause de maladie.

Cet absentéisme-là me semble être un bon baromètre pour juger de la condition générale d’une organisation. Il est en effet surtout le reflet d’une certaine forme de comportement. La manière selon laquelle un collaborateur se sent motivé et concerné influencera son comportement au travail. Dans beaucoup d’organisations, l’approche de l’absentéisme se limite souvent à une réaction à postiori (notamment par des contrôles médicaux), alors que l’absentéisme n’est que la partie visible de l’iceberg. Pour continuer à augmenter la productivité de l’entreprise, il est donc nécessaire de mieux examiner les causes profondes de cette problématique.

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