Le droit de séniorité tient-il encore la route?

 

L’opinion de Christel Van Wouwe, spécialiste Reward du Centre de connaissances

Le vieillissement couplé à la dénatalité nous obligera tous à travailler plus longtemps. Nous prévoyons une énorme progression de la part des plus de 60 ans sur le marché de l’emploi si les réformes des pensions entrent en vigueur. Ce qui ouvre d’emblée le débat entre partenaires sociaux sur la capacité à rétribuer les travailleurs plus âgés.

Un employé de plus de 60 ans gagne en moyenne le double d’un jeune diplômé. A fonction égale, la différence de salaire peut même grimper jusqu’à 70 pour cent. Si l’on examine l’ensemble des conditions de travail et de salaire, le fossé ne fait encore que se creuser. Le salaire augmente avec l’âge, mais la productivité progresse-t-elle en conséquence? Selon le ‘principe de séniorité’, le salaire se situe en dessous de la productivité durant les premières années de carrière, et le rapport s’inverse en seconde partie de carrière. Comment les organisations font-elles pour gérer ce paradoxe apparent?

La séniorité est un bien sacré auquel nous n’avons pas voulu toucher jusqu’ici. Seulement voilà, l’augmentation constante du coût salarial n’est pas tenable pour une organisation. C’est pourquoi il faut diminuer les charges fiscales et parafiscales pour les travailleurs seniors, tout en maintenant l’augmentation du salaire net. Les avantages sont clairs: l’impact de la séniorité sur le coût salarial resterait maîtrisable et les employeurs embaucheraient plus facilement des travailleurs seniors et plus âgés.

Une enquête menée par SD Worx auprès de 683 PME indique en effet que le coût salarial n’est pas le principal motif qui les dissuade de garder leurs travailleurs plus âgés en service jusqu’à leurs 65 ans. Ce que les employeurs cherchent avant tout, c’est de la main-d’œuvre flexible et dotée de capacités physiques et mentales suffisantes. Selon eux, ces caractéristiques ‘dures’ se retrouvent principalement chez les jeunes. Les qualités douces telles que la loyauté, la fiabilité et le comportement sont surtout attribuées aux aînés. Mais actuellement, elles ne suffisent pas à justifier le fossé entre la productivité et le salaire, fossé qui se manifeste effectivement surtout chez les employés en seconde moitié de carrière.

Pour augmenter la productivité et favoriser les carrières à long terme, il faudrait accorder plus d’attention aux forces individuelles de chaque collaborateur, quel que soit son âge. L’idée d’une telle politique de l’emploi sur mesure offrirait de multiples pistes de solution, notamment en termes de rétrogradation, de rotation d’emplois, de formation et de développement des talents. Ce travail sur mesure exige cependant une approche intégrale, intergénérationnelle et attentive à tous les aspects du travail. Y compris le principe de séniorité.

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Conversation de la semaine avec Benjamin Fréteur qui anime pour SD Worx chaque mois les Workshops d’actualité juridique.

PS. Promis, la prochaine fois je tremblerai moins.

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